jeudi 17 février 2022

Sur un débat Bourdieu-Grass

 

Sur une émission débat entre J.P. Bourdieu et G. Grass

ARTE samedi 26 janvier 02.

 

Le débat qu’il soit radiophonique, télévisuel ou plus naturellement direct est toujours, pour le public qui a une « certaine » tenue intellectuelle, frustrant pour ne pas dire dépossédant. Je dis dépossédant pour bien situer la relation entre ceux qui s’expriment et ceux qui écoutent. Ces derniers étant liés au silence, à la réaction silencieuse et à la réflexion silencieuse. Le débat dans sa forme bi-tri voire quadri-polaire constitue la définition élémentaire ce qui existe à l’échelle d’un pays, d’une nation. Il y a, dans les sociétés sociales-démocrates et aussi, très tendancieusement, dans les sociétés néo-libérales de type américain, une typologie bien  inscrite et clairement établie du discours et du débat qui ne peuvent être que l’expression  même du complexe dominant de démocratie soutenu par une idéologie dominante entretenue par une pensée dominante.

Existe-t-il une différence entre le penseur libre et le libre penseur ? Existe-t-il une différence entre la démocratie néo-libérale et la démocratie socialiste ? Si la première appartient à la dissertation philosophique et à l’exercice rhétorique, la seconde est fixée dans une pratique même de la vie par la libération immorale de l’individualisme dans le cas du libéralisme et par celle de l’individualité dans celui du socialisme que je dirais actif par rapport à ce qu’il a été convenu d’appeler  socialisme « réel »  et bien sur par rapport au socialisme utopique que j’estime comme étant le grand véhicule de l’avenir.

Il fut clair d’entrée de jeu que deux consciences se situaient dans un barycentre d’autant plus étroit que leur substrat par des chemins guère différents étaient de même nature. L’essentiel du propos portait sur l’intellectualité humaine et sur ses capacités réelles.
Les expériences historiques de la philosophie en Allemagne  et en France depuis la prétendue époque des Lumières jusqu’à nos jours ne sont pas si différentes les unes des autres de même que la littérature. Goethe n’est pas opposable à Rousseau ou à Novalis. Il s’est éveillé chez chacun d’eux avec force une philosophie de la nature dont s’est nourrit le romantisme de chaque coté du Rhin. Ce qui apparaît moins c’est l’indéniable crédibilité allemande comparée à l’effervescence française avant, pendant et juste après la Révolution Française et si parfaitement circonscrite par Michel Vovelle dans son Histoire de la Révolution. Cette crédibilité G. Grass a souhaité la réactualiser avec ses tenants et aboutissants civilisateurs. Je fus étonné que ne soit pas évoqué le mouvement « Sturm und Drang » dont le culte de l’individualité et du génie créateur humain fut une constante dans la conscience européenne. De même que fut oublié, ce n’est pas un reproche, l’influence de Christophe Wieland par trop assimilé comme un Voltaire allemand et qui projeta durablement une intelligence de l’espace européen dans une multiplicité intellectualiste particulièrement  homogène. Et si Babeuf renvoie à Marx, les tendances symbolistes de la poésie romantique allemande de Novalis, d’Holderlin et aussi de Heine renvoie à l’ensemble du courant symboliste qui en France et en Russie ont eu plus qu’ailleurs des prolongements jusqu’au début du vingtième siècle.

C’est dire l’exception même du développement intellectuel qui secoua à la fin du dix huitième siècle l’Europe que le dix neuvième et surtout le vingtième siècle ne sut comprendre. Sinon comment expliquer le colonialisme, la fascisme et le nazisme et surtout aujourd’hui comment expliquer l’anachronisme et le paradoxe néo-libéral qui est une régression de la conscience politique puisqu’il n’a pas d’autre vision que la vision économique du développement humain.  En d’autres termes la politique vers l’homme a été terrassée par l’économique vers le producteur-consommateur..

N’y avait-il pas chez Voltaire, Wieland, mais aussi et plus tôt chez Defoe et Swift la germination d’une aliénation libérale bourgeoise dont l’hystérie alla s’amplifiant jusqu’à se résoudre dans le fascisme et le nazisme. C’est dire les dangers futurs.

Je voudrai revenir sur cette remarque de Grass concernant les intellectuels de droite. Existe-t-il vraiment des intellectuels à droite de l’échiquier politique. Il existe, la preuve ne fut et n’est que trop administrée depuis des décennies des discours qui ne sont qu’un discours protéiforme qui légitime  historiquement, philosophiquement mais tout autant, ce n’est pas surprenant, biologiquement les fondements d’un comportement érigeant un système et légitimant une existence comme l’existence.

Les ressorts intellectuels devenant des ressorts de légitimation, d’affirmation et de conviction. Quand De Gaulle clame « …moi ou le chaos » le propos est viscéral, éruptif et angoissant. Aucun hasard. Quand Madelin exhorte ses troupes avec « …

Le néo-libéralisme, c’est la liberté », ce n’est pas seulement une ineptie, un contre sens mais aussi un détournement pernicieux et tactique. Certes la droite se réclame de personnalités ambiguës comme Céline et plus proche de nous Raymond Aron profondément ancré dans l’espace intellectuel français comme le fut Bourdieu, puisqu’il nous a récemment quitté. Les réflexions de Raymond Aron partent d’un postulat. Elles sont itératives par nature et « ratifiantes » mais elles s’inscrivent en termes de modernité contre ce qui lui est opposé. Nous revenons au discours de Madelin plus abrupt et plus vulgaire.

Certes, ni Bourdieu, ni Grass, n’ont pris le temps de situer l’homme pensant dans le concert des spéculations de l’esprit. Je serais tenté de dire que chez l’individu qui revendique le progrès existent la nécessité intellectuelle et son dépassement alors que chez l’individu de type bourgeois qui revendique ses privilèges de classe l’intellectualité est un jeu, une barre de navigation dans un milieu de suffisances d’un coté et d’hostilités de l’autre. Sellières constatant la mondialisation, il n’y participe pas, s’y adapte. Il ne l’a pas demandée mais cherche à en gérer les règles. Ce n’est plus du délit intellectuel, s’il en est, c’est de la négation intellectuelle. Cette remarque ne participe pas à une démonstration qui a son évidence. La notion de gérance ne peut se prévaloir d’une réflexion qui par nature devrait aboutir à une contestation, mais elle s’appuie sur des réflexes techno-administratifs pré-établis. Ainsi le chef d’entreprise ne peut être autre chose que ce qu’il est et ses défenses sont purement et simplement individualisées. Le système tel qu’il se développe en France que ce soit  sous l’égide de Chirac ou de Jospin est l’atomisation dans tous les secteurs de la vie économique et sociale de cette déviation proprement  néo-libérale qui est un archaïsme, une régression et une négation. Et ce n’est pas Madelin et ses hommes liges qui me diront le contraire.

Cette remarque vaut d’autant que pour les hommes politiques de droite et leurs transfuges de gauche, type Strauss Khan,  l’homme réduit à l’économicus vaut pour ce qu’il peut faire, alors que pour ceux de gauche, je laisse le soin de les trouver, l’homme vaut pour ce qu’il est. De quel poids peuvent peser, pour un intellectuel ces deux réalités ?

Personnellement la première est du passé et ne peut être que dépassée. Quant à la seconde, elle est l’avenir mais comment l’édifier quand la barbarie revient en force.

Plus complexe et plus désagréable est le discours socialiste de Schroeder, de Jospin et il y a quelques mois d’Alemania en Italie, enfin partout où ils étaient et où ils sont. Ce discours est proprement social- démocrate à aspiration néo-libérale. Le discours se disperse sous le poids de la nécessité et de la modernisation, autre abus de langage et autre aphorisme de circonstance où le publicitaire se prolonge dans le encore plus fou. Mais n’est-il déjà pas là en slogan de propagande ?  La politique sacrifie à l’argent. Elle sacrifie l’homme. Mais l’homme est la "plue- value". Sans lui l’univers perd "son fondement".  Dans l’histoire de l’Humanité les nazis ont tué la politique et ce fut la plus grande  monstruosité. La bêtise économique avec sa névrose comportementale  attire  les conditions d’un recommencement.

 

lundi 6 septembre 2021

Mes gares revisitées Nouvelle saison. Derniers textes 30 août 2021

 DERNIERS TEXTES   30 août 2021

 

 

 Poèmes plus le XXI révisé



Exposition Ukiyo-e, textes, poèmes.

XXI  Les filles de la Motte  (révisé)

 

En préface :

 

Le polyo. 


Conquérant, il l’était dès l’aube naissante

Prenant le soleil dans sa main par simple défi

La rage lui tenait le cœur de se savoir vivant

Quand tant des siens ont péri.

 

Les cannes blanches

 

Quel regard put lui être supportable 

Et qui lui fut simplement généreux ?

Le nôtre ! En eut-il jamais les faveurs,

Pour que nous puissions le prétendre ?

Il était ce que les histoires entretiennent

Depuis le retour de sa famille, veuve

De bien des siens et si méconnaissable.

Il logeait de l’autre coté de l'avenue

Où s’annonçaient les beaux quartiers

Rompant la vie tapageuse du faubourg

Et les désagréments des petites rues.

Son apparition, insolite, tenait du prodige

Qui se mêlait à la fluidité de l’air matinal

Avec l’hésitation de tout son être

Et un tremblement irrépressible

Jusque sur ses lèvres déjà tendues.

Sa voix put paraître lointaine et abrupte

Pour  dire ce qu’il vivait loin de nous

Et que nous comprenions à demi-mot

Hors les jaseries insidieuses des filles

Dont il n’eut jamais la saveur.

Il avait les yeux rougis par l’effort

Et le visage étrangement vieilli,

Si près de sa jeunesse encore

Dont il n’avait jamais vécu l’ardeur.

Il était ce que la maladie a façonné

En brisant l’ordinaire de la vie

Et qui se devinait par étonnement

Et frayeur et tout autant éloignement.

Il supportait la solitude par nécessité

Ne pouvant d’elle rien exiger

Rien de ce qu’il pouvait imaginer.

Il avait le souffle court de l’enfant

Téméraire  comme s’il savait déjà

Ce que les autres ne pouvaient savoir.

Il était d'un passage hâtif et distrait,

Et s'amusait de nous laisser parler.

Par trop de faiblesse il baissait les yeux

Et nous signifiait son départ,

Dont nul  ne remarquait la solennité.

Il s’en retournait, presque  heureux,

Un plein sourire sur des cannes blanches,

En balançant ses jambes folles !

   

 

 


 

Prélude 1

 

 

Le soleil avait fait de ce jour un seuil lumineux

Bien que d’ordinaire il inondât de  lueurs pâles

Les murs de grisaille et les regards égarés.



Prélude 2

 

 

La saison

 

Le printemps fut-il jaloux

Pour changer le décor

C'était  la première aube

Qui couvrait le mur de sa chambre

d'une demi-lueur voilée

Et d'une tache de brume.

 

St Jouin le 10.10.18

 

Aiku

 

Il a passé son chemin 

L'hésitation de ses pas

A laissé une trace illisible  

 

 

 

Il est bien d’avoir conscience du néant

Et mieux encore d’en avoir l’intelligence

Mais pour ouvrir sur quelle certitude ?

 

De la certitude faut-il se persuader

Et Tous les savoirs établir

Pour ne rien oublier enfin

De tout ce que nous a docilement abusés

 

                         St J. Le 6 août 2018

 

Sur l'évolution des arts contemporains aux Etats Unis dont ils furent les promoteurs actifs voire virulents, il me fut posé la question des contextes pour laquelle je n'eus qu'une réponse.

Le nombre de détenus dans les prisons etasuniennes est passé de 410 000 en 1971 à 2 000 000

en 2020. Parallèlement les arts contemporains se sont ouverts à toutes les opportunités artistico -financières que le libéralisme a portées et développées ouvrant la voie à une nouvelle société d'hommes et de femmes   spéculant activement sur la création artistique et son devenir.




 Pour qui est tenté de comprendre l'art contemporain ne peut ignorer ce qui l'a défini, imposé et légitimé et ce quel que soit l'espace où il a pu prendre racine et évoluer  tant en théorie qu'en pratique.

L’art contemporain se distingue par les forces sociales et financières dont les légitimités, très artificielles, sont les garants. Quant à la valorisation des travaux qui s’en réclament, elle est ce que le complexe institutionnel au grand complet valide suivant des règles qui sont les siennes.

Ainsi les collections Arnault et autre Vuitton en France sont d’apparence une fausse rupture qui  ne peut fonctionner que par et pour le public. Faussement, elles  entérinent la mort de la peinture proclamée par les maitres à penser d'une certaine époque que furent et demeurent Claude Mollard, surtout, et Dominique Bozo. Plus représentatifs l'un et l'autre de ce qu'ils furent en   situation et   officialité que de leurs aspirations artistiques que j'ignore.




 

 

 

Pour Léo à sa manière

 

Ils se sont mariés un jour d’été

Lui en noir et elle en blanc

Jolie môme.

 

 

 


 

 

Le temps

 

Peut-on tuer le temps

Quand on en a si peu à vivre ?

Les saisons ne s'en émeuvent pas

Et l'univers bien moins encore !

 

 

 

 

 

 

 

Aiku

 

Il a passé son chemin 

L'hésitation de ses pas

A laissé une trace illisible 

 

 

 

Il est bien d’avoir conscience du néant

Et mieux encore d’en avoir l’intelligence

Mais qu’est le premier sans saisir la seconde ?

 

Le néant, l’infini et autres turpitudes ne sont qu’un trouble  de l’esprit.  Cela vaut pour les mal-voyants et bien entendu pour les métaphysiciens en “repensé perpétuel”.

 

 Faut-il s’associer à un  courant de pensée sous prétexte qu’il est dominant ?  Les sociétés occidentales qui avaient une vue sur la mer et une très catholique idée de leur destin,nous sommes entre les XV eme et XVII eme siècle, ont su promouvoir les jésuites de base en ONG, robe de bure et crucifix version mousquet   sans oublier  les manuels toujours en usage. A Ouespoin en particulier  mais pour peu de temps encore.

La bonne parole, la sainte parole, ne le furent jamais autant qu’à cette époque de comptabilité et de tuerie coloniales.

Ignace pouvait être satisfait de Loyola.
Aujourd’hui la postérité de l’ordre de la croix se résume à des acronymes parfois inquiétants   tels que FBI, CIA, KZ, M16, PF etc… Certains usent du terme anagramme.

 

L’histoire de covid et toute sa surenchère n’est qu’un produit  politique qui souhaitons le devrait être fatal pour ceux qui en ont assuré la promotion et qui l’exploitent. 

 




 Pour qui est tenté de reconnaître l'art contemporain ne peut ignorer ce qui l'a défini, imposé et légitimé et ce quel que soit l'espace où il a pu prendre racine et évoluer  tant en théorie qu'en pratique.

L’art contemporain se distingue par les forces sociales et financières dont les légitimités, très artificielles, sont les garants. Quant à la valorisation des travaux qui s’en réclament, elle est ce que le complexe institutionnel au grand complet valide suivant des règles qui sont les siennes.

Ainsi les collections Arnault et autre Vuitton en France sont d’apparence une fausse rupture qui  ne peut fonctionner que par et pour le public. Faussement, elles  entérinent la mort de la peinture proclamée par les maitres à penser d'une certaine époque que furent et demeurent Claude Mollard, surtout, et Dominique Bozo. Plus représentatifs l'un et l'autre de ce qu'ils furent en   situation et   officialité que de leurs aspirations artistiques que j'ignore.



 

Je sais gré à Irving Sandler d’avoir consacré sinon l’essentiel du moins une grande partie de son travail de critique et d’analyste historiciste au “triomphe de l’art américain” qui entérine la consécration commerciale et l’ataraxie consensuelle de tout ce qui est considéré comme art contemporain. Sotheby’s, Christies ou Bonhams parmi d’autres ne rentrent pas dans la différenciation officielle et proprement artistique de ce qui est proposé à la vente dès lors que les revenus financiers renvoient au succès.

J’avoue ne pas me confondre avec le littéralisme esthétique ou le démembrisme oppositionnel s’il en est dans sa version new-yorkaise des sixties.

Si l’on accepte délibérément les absurdités du légitimisme, nous nous trouvons dans l’espace du légitimé et n’en pouvons sortir. L’art contemporain dans sa définition actuelle n’existe qu’en rapport avec cette définition et tout ce qui l’accompagne. Il n’est d’ intérêt de s’attarder sur le Metered Bulb de Robert Morris ou toute autre proposition de type Brillo de Andy Wahrol , plus célébré, que pour admettre ce qui doit l’être en susbstitution. Ainsi la performance et son éxécutant  the performer s’interprète en “factuel basis” .

Il est clair que je ne me sens aucune affinité avec le papier monnaie en usage dans les toilettes. Il est trop salissant.

L’art contemporain est une complaisance sociale voire sociétale dans son domaine d’application et d’existence.

En dehors il ne peut être sans ce caprice.

 

 

 

 



Que voulez vous attendre d'un bourgeois, quel que soit son degré, qui chaque matin entre “les échos” et la tasse de café ont les croissants chauds de la première fournée ?

 


 

Ne nous leurrons pas, les maximes de La Rochefaucoult, les caractères deLa Bruyère, les sentences de Jouber ou encore les aphorismes de Flaubert, sans oublier  les essais de Montaigne et les discours de la Boétie, toute cette production de l'esprit, de l'intellect,   s’adressent généralement aux gens de bien  qui n’en ont que faire à l’exception toutefois de quelques têtes jamais trop pleines en quête de dissertation universitaire.

 

On se prend toujours au jeu de ceux que l’ont fait rire. Là est le danger pour ceux  qui s’imaginent avoir de l’humour ?



 

 



 

 


La peinture n’a pas à être en résistance et encore moins en clandestinité. Elle n’a pas “encore” à dire puisqu’elle a ‘toujours” à dire. Par ailleurs elle peut prétendre à l’art contemporain par l’assignation qu’en fait l’artiste et la combinatoire qu’il souhaite, ou qu’on lui fait souhaiter.

La présentation des Chostakoviades, par exemple, peut se distribuer par une mise en scène musicale avec orchestre 

Symphonique. Ce qui aurait pu être dans les intentions de

l’orchestre Wiener de Budapest à Loudun et bien entendu dans les miennes.




L’aliéniste

 

Vous saviez avec autorité et pertinence,

Celles là mêmes que vous montriez

En administrateur, maitre de séance

Et magnifiquement zélé,

Qu'il n'était pas fou ou si peu,

Bien que vos définitions, soupçonneuses,

Le rendissent, à votre gré, attrayant

Pour la profession en déclinaison carcérale

Couvrant le marché des névroses. Déficient

Déclaré, il le fut, et curieusement traité.

Certes, il buvait plus que de raison

Le fond vaseux des bouteilles sales,

Que vous laissiez sur les tables,

Le cul dans l'eau, et de sa langue

Léchait  le bois graveleux,  en surface,

Nourrissant une déchéance ordinaire

Dont il vivait, calme, le divertissement.

Il n’était que l’anonyme d’un désordre,

D’une folie enivrant la multitude

Qui ravissait vos cahiers de servitude

A la complaisance savante, appliquée

Et qui faisait de vous une référence.

Il n'était pas fou, en simplicité,

Mais si laborieusement blessé

Par tant de sollicitude douceâtre,

Celle d’une famille dévote

Tout en convenance et la vôtre,

Que vous osiez, chaque matin,

Par la grâce d'un neuroleptique assassin 

Offert à même votre main, 

Avec un sourire d'enfant amusé

Qui ne vous a jamais quitté.

 

 

 

Il y aurait des poètes rodés à toutes les techniques d'écriture. Quelle peut bien être leur boite à outils ?

 

Le génie, hors catalogue, est un concours de circonstances tout à fait fortuites où les convenances alimentaires ont été et demeurent dominantes.

 

Du génie, Il est né au bon moment, au bon endroit, dans de bonnes conditions et sans visite inopportune.

 

Le génie ! Dès son regard, ne rien laisser qui puisse altérer sa nature et détourner ses penchants et baliser, autant que faire se peut, les possibles avérés.

 

Les possibles avérés ! Là est la question. Le génie en toute quiétude peut y loger sans jamais se manifester. 

 

 

 

La chambre

 

Il n’a jamais cessé de marcher

Qu’en ce domaine où il  rêvait

De ne pas être, de ne plus être

Ce semblant de lui-même

Qu’il voyait sur les bords du fleuve

Se jeter nu matin et soir

Et se reprendre avec sérénité

Pour saluer ce qu’il voulait quitter

Sans jamais le pouvoir.

Il était encore l’enfance

En liberté sauvage

  où se tarissent corps et âme

Ceux qui n’ont jamais rien su

D’une vie tout ordinaire

Et qui des journées entières

Se racontent des histoires

De tortues des îles

Qui dorment sur le dos.

    

Saint Jouin le 7oct. 2017

 

     

L’affairiste de Versailles

 

Il savait ne rien devoir,

Avec indécence et plus encore,

Négligeant la défiance des gens de la rue

Dont il fut et qu’il demeurait.

Son retour put paraître sa gloire.

Mais il fut, ce qu’il n'a cessé d' être,

Pitoyable jusqu’à l’effroi.

   

St J. le 20 Août 2018

 

 


 

Silences 1

 

 

Soupçon d'ombres parmi la nuit,

Parmi le vide de toutes les  nuits,

Dans l'attente d'un cri,

Que rien n'annonçait

Et qui n’est ce qu'il doit être,

Si peu perceptible ou presque.

Faut il croire un nouveau jour.

Faut il croire une nouvelle  heure

Encore lointaine  et ne rien oublier

D'un regard par tout déserté

D'une vie si sensiblement vive

Ici et là  en longue lassitude !

Et si résolument perdue !

 

 

 

 Silences 2

 

Mais que sont ces enfants

De hasard en sagesse

Alignés immobiles et muets ?

Sont ils d'un théâtre sans murs,

Sans décor sans voix ni lumière,

Que l’étonnement fécondé

D’une lueur ailée et une promesse

Sans lendemain !

 

St Jouin le 17.12.18

 

 ti

 


Images familiales hautement dévoyées

 

La maison de ma tante

 

La maison était d' une suffisance

A la fois grotesque et écrasante.

Rien qui pu plaire  à l’esprit et au désir,

Que du bourgeois en éloquence

Et des rappels aux domestiques.

 

St jouin le 17.07.19

 


 

Images familiales hautement dévoyées

 

La maison de ma tante

 

La maison était d' une suffisance

A la fois grotesque et écrasante.

Rien qui pu plaire  à l’esprit et au désir,

Que du bourgeois en éloquence

Et des rappels aux domestiques.

 

Les chaises,

 

L’aisance avait une odeur de drap

Blanc écru jeté à la volée sur des chaises

En solitude.

Et dont le bois n’était que sueur cireuse

En vague dépoli.

 

 

 La table,

 

La table jouissait d’un nappé d’Asie

Et d’un service complaisant argenté

Qui veillait à ne pas le froisser

L’hypocrisie  s’étalait en sourire

Et le propos en mise en garde


Le décor

 

 C’était le devant de la scène

Où se jouait en vaudeville

Tout ce qu’il y avait de factice

Pour ne rien contrarier

D’une dignité de caste.


 

 


Le décor

 

 C’était le devant de la scène

Où se jouait en vaudeville

Tout ce qu’il y avait de factice

Pour ne rien contrarier

D’une dignité de caste.


Ma tante, (I)

 

La soeur aînée se doublait d’une bourgeoise

Qu’elle n’était pas mais qu’elle devint

Par un mariage convenu.

Il était de la coloniale en odeur de tabac

Et costume blanc laiteux usé.

 

 

 

 

Ma tante, (I)

 

La soeur aînée se doublait d’une bourgeoise

Qu’elle n’était pas mais qu’elle devint

Par un mariage convenu.

Il était de la coloniale en odeur de tabac

Et costume blanc laiteux usé.

Le mari de ma tante

 

Il avait la maladie silencieuse

Usant un regard sec et froid,

Et n’ était d’aucun savoir ni désir,

Outre sa fortune et la cigarette

Dont il tirait la sève vénéneuse

Entre toux sévère et rire excentrique !

Il s’honorait hautain de médailles vieillies

Et d’affaires  dont il  inventait le  prestige

L’alimentant profusément jusqu’aux larmes.

Il ne faisait illusion que pour ses gens

L’eut-il jamais compris quand il s’exila ?

 

 

Le mari de ma tante

 

Il avait la maladie silencieuse

Usant un regard sec et froid,

Et n’ était d’aucun savoir ni désir,

Outre sa fortune et la cigarette

Dont il tirait la sève vénéneuse

Entre toux sévère et rire excentrique !

Il s’honorait hautain de médailles vieillies

Et d’affaires  dont il  inventait le  prestige

L’alimentant profusément jusqu’aux larmes.

Il ne faisait illusion que pour ses gens

L’eut-il jamais compris quand il s’exila ?

 

Les amis de ma tante.

  

Curieux ces gens dans le faux semblant

Et le verbe maladroit en abondance !

Toujours dans la satisfaction

Du paraître jusqu’au mépris !

 

Ma tante bis

 

La beauté fut elle une apparence

Pour oser s’afficher si effrontément.

Et porter ombrage aux autres.

 

 

Les amis de ma tante.

  

Curieux ces gens dans le faux semblant

Et le verbe maladroit en abondance !

Toujours dans la satisfaction

Du paraître jusqu’au mépris !

 

Ma tante bis

 

La beauté fut elle une apparence

Pour oser s’afficher si effrontément.

Et porter ombrage aux autres.

 

Les cousins

 

Qu’avaient ils à dire plus qu’ils ne disaient

Et qu’ils ne pouvaient dire.

Les échanges se doublaient d’un usage surfait

Une espèce de protocole, son semblant.


 

La cousine

 

Elle versait dans la maladie

Dont elle se parait, théâtrale

Jusqu’à l’extrême névrose,

Et pourtant si franche

Dans sa douleur !

 

 

Le fils oublié.

 

Rien qui puisse arrêter le regard

Et éveiller l’attention. C’était “lui”

Pour tout admettre d’une réclusion

Jusqu’à l’oubli du fils de l’autre !

 

 

L’adultère

 

L’adultère avait eu ce travers

Destructeur et haineux.

Le pardon fut nécessaire

Pour reconnaître

La vie plus que l’existence.

 


 

 

                 Palestine.    Intifada

Hors la mer, hors le vent, hors le sable

Que la ligne dure et sèche de l’horizon,

Et un  soleil  pâle pour toute lumière.

La mort du fils fut le deuil d’hier,

Et celui de la mère, toute la vie durant.

La terre ne cesse d’être  un silence,

Qui ne nourrit plus ses enfants,

Dont les regards, entre mer et mur,

Se perdent en désespérance.

Hors la mer, hors le vent, hors le sable

Que la cime  battue des cyprès

Et les flancs lacérés des oliveraies.

Il n’est de  rue que la ruine

Dans la poussière de ce qui fut.

Labeur des labours asséchés, 

Chants sans voix du désert,

Que le feu en mémoire.   

Hors la mer, hors le vent, hors le sable

Un Cri perdu pour toute prière.

 

 Le 09. 12.19

Palestine  II    Image.

Hors la mer, hors le vent, hors le sable

Que les senteurs des oliviers en racines

Immémorielles et l’ivresse des thorbes

Paysannes  dans les champs labourés !

 

 

Conquérant, il l’était dès l’aube naissante

Prenant le soleil dans sa main par simple défi

La rage lui tenait le cœur de se savoir vivant

Quand tant des siens ont péri.